Par Geneviève Gauthier, directrice principale, programmes internationaux, et Coline Camier, conseillère stratégique, genre et inclusion sociale.
Du 26 au 30 avril 2026, Melbourne a accueilli Women Deliver, le plus grand rassemblement mondial dédié aux droits des femmes et des filles. Plus de 6 000 personnes venues de 189 pays y ont participé. Mission inclusion y était, avec une exigence claire : que le leadership des organisations féministes du Sud global soit financé directement et durablement.
Notre délégation a pris part à la table ronde canadienne organisée par la Coalition canadienne pour la santé mondiale des femmes et des enfants (CanSFE). Nous avons également co-animé deux sessions simultanées : le Laboratoire du Triple Nexus féministe et l’atelier Inclusion climatique. Ces espaces ont mis en lumière des approches innovantes développées dans le cadre de deux projets menés par Mission inclusion avec l’appui d’Affaires mondiales Canada (AMC) : NexSa et ReSea.
Pourquoi cette exigence, maintenant
Le sous-financement des organisations féministes du Sud global n’est pas un accident : c’est une réalité structurelle. Moins de 1 % de l’aide internationale atteint les organisations de défense des droits des femmes. Une fraction infime du financement climatique cible explicitement l’égalité de genre. Ces chiffres révèlent un choix politique : inviter les femmes du Sud global aux discussions sans leur transférer les ressources nécessaires pour agir.
Dans un contexte mondial où le droit international est bafoué, où les mouvements anti-droits progressent et où plusieurs grands bailleurs se replient, ces écarts deviennent alarmants. Lorsque le Canada réaffirme son engagement féministe, la cohérence se mesure concrètement : dans les enveloppes pluriannuelles, dans les mécanismes d’accès au financement et dans la durée des partenariats. C’est ce message que nous avons porté à Melbourne.
À la table ronde canadienne : ne pas reculer
Le 26 avril, en marge de la conférence, nous avons participé à la table ronde canadienne aux côtés de la haute-commissaire du Canada en Australie, Julie Sunday, des équipes d’AMC spécialisées en santé des femmes et en égalité des genres, et de plusieurs organisations canadiennes. Les échanges ont porté sur la santé et les droits sexuels et reproductifs (SDSR), ainsi que sur le rôle du Canada comme leader mondial en égalité des genres dans un contexte de crises prolongées.
Alors que d’autres bailleurs se retirent, ce leadership ne se préserve pas par déclaration : il se démontre en finançant, durablement et directement, les organisations de défense des droits des femmes en première ligne. La véritable épreuve d’une politique d’aide internationale féministe, c’est la cohérence entre ses engagements affichés et les budgets qui leur sont alloués.
Au Laboratoire du Triple Nexus féministe : l’expertise est déjà là
Le 28 avril, Medjine Nestant, de Nègès Mawon, a co-animé le Laboratoire du Triple Nexus féministe avec Santia Chancy et Geneviève Gauthier. L’atelier a approfondi une approche innovante, le Triple Nexus féministe, actuellement mise en œuvre dans le cadre du projet NexSa, mené en partenariat avec le Centre interdisciplinaire de développement international en santé (CIDIS) de l’Université de Sherbrooke, avec l’appui d’AMC.
Le point de départ : la situation des femmes et des filles en Haïti. Plus de six millions de personnes sont en besoin humanitaire urgent. Les violences contre les femmes et les filles déplacées s’aggravent à mesure que la crise se prolonge. Face à cette réalité, des organisations féministes haïtiennes comme Nègès Mawon répondent aux urgences tout en défendant les droits — parce que la situation ne leur permet pas de séparer ces deux missions.
L’approche du Triple Nexus, qui relie aide humanitaire, développement et consolidation de la paix, n’a pas été inventée par les bailleurs ni par les organisations du Nord global. Elle est pratiquée de longue date par des organisations féministes œuvrant en contexte de crises prolongées, qui ne peuvent pas se permettre de cloisonner leurs interventions. NexSa incarne l’engagement de Mission inclusion à mettre en œuvre cette approche avec ses partenaires en Haïti et au Cameroun, et à porter leurs analyses dans les espaces auxquels nous avons accès.
Durant l’atelier, les participantes ont réfléchi en groupes autour de trois questions : ce qui est le plus souvent ignoré dans la vie des femmes en crise, le changement prioritaire pour une action nexus véritablement transformatrice et les conditions nécessaires pour que ce changement soit réel plutôt que symbolique. Les engagements et recommandations issus de ces échanges alimenteront la suite du projet NexSa et le plaidoyer de Mission inclusion auprès des bailleurs.
À l’atelier Inclusion climatique : au-delà du symbole
Le 30 avril, Rose Marandu, du Women Fund Tanzania Trust (WFT-T), a co-animé l’atelier Inclusion climatique avec Perpetua Angima et Coline Camier. Les travaux en sous-groupes ont exploré les six dimensions de l’inclusion climatique portées par Mission inclusion : l’accès à l’information, la reconnaissance des savoirs locaux et autochtones, la participation aux décisions, le leadership, le financement et les conditions habilitantes.
L’atelier a pris appui sur l’expérience du programme ReSea — mené avec GROOTS Kenya et Women Fund Tanzania Trust — et sur le rôle des femmes dans la gestion des ressources naturelles de l’océan Indien occidental. La séance s’est clôturée par la projection d’un extrait du court-métrage Amkeni, un documentaire qui suit les femmes du comté de Kilifi, au Kenya, dans leur travail de restauration des mangroves et de développement d’entreprises en apiculture.
Le cadre d’inclusion climatique que nous défendons sert à rendre visible un écart : celui entre l’inclusion proclamée dans les déclarations et l’inclusion réellement vécue par les femmes des communautés côtières. Participer à une rencontre internationale, c’est occuper un siège dans une salle. Participer de manière significative, c’est autre chose : avoir l’information en temps voulu, voir ses savoirs reconnus comme une expertise, peser sur les décisions, accéder au financement et exercer un leadership en sécurité.
Ce que nous ramenons à Montréal
Trois sessions, une même conviction : les organisations féministes du Sud global sont en première ligne, sur la santé, sur les droits des femmes, des filles et des personnes de la diversité sexuelle et de genre, sur la paix et sur le climat. La solidarité internationale consiste à financer leur travail dans la durée, et dans des conditions qu’elles peuvent réellement porter.
Pour Mission inclusion, cela se traduit par deux engagements concrets : NexSa et ReSea. Et par un plaidoyer constant auprès du gouvernement du Canada pour que sa politique d’aide internationale féministe se traduise en budgets réels.
La suite
NexSa poursuit son travail avec les partenaires en Haïti et au Cameroun. ReSea continue avec celles du Kenya, de la Tanzanie, du Mozambique, de Madagascar et des Comores. À l’automne, Mission inclusion poursuivra son plaidoyer pour que l’inclusion climatique et le Triple Nexus féministe se traduisent en financements réels, accessibles et durables.