Par Sarah Emery, gestionnaire de projet ReSea (Madagascar et Comores)

En novembre 2025, je me suis rendue sur l’île de Mohéli, aux Comores, pour visiter le site de démonstration de solutions fondées sur la nature (SFN) que l’équipe technique met en place à Nioumachioi mashiwa, dans le Parc national de Mohéli.

L’équipe technique m’a guidée à travers le site et m’a expliqué ce qui s’y passe depuis des décennies : les échecs, les causes, et ce qu’ils comptent faire différemment.

Le plus grand site de mangroves des Comores

Nioumachioi abrite entre 50 et 60 pour cent des mangroves de l’archipel des Comores : environ 85 hectares, avec dix espèces recensées. C’est aussi le centre de la biodiversité marine et côtière du Parc national de Mohéli.

Le site a été sélectionné selon le IUCN Global Standard for Nature-based Solutions parmi plusieurs candidats. L’équipe a choisi de concentrer les efforts sur un seul site plutôt que de les disperser, pour obtenir des résultats durables.

Mais Nioumachiwa est en difficulté. Les mangroves meurent, étouffées par le sable.

Le paradoxe de la digue

 En marchant dans le site, l’équipe technique m’a raconté l’histoire du lieu.

Dans les années 1980, tout le site était couvert de mangroves denses. Puis, face à l’érosion côtière, une digue a été construite pour protéger le village. La digue a modifié la dynamique des sédiments : les courants marins ont commencé à déposer du sable à l’intérieur du site, là où poussaient les mangroves.

« Au fur et à mesure, ça a commencé à tuer toutes les mangroves », Loubna HAMIDI – spécialiste des Solutions Fondées sur La Nature de l’UICN  . Depuis les années 1995, le sable s’accumule. Les racines des mangroves s’asphyxient. Des pans entiers de forêt sont morts.

La digue devait protéger. Elle a accéléré la dégradation.

Apprendre des échecs

Ce qui distingue l’approche à Nimashiwa, c’est la prise en compte des tentatives précédentes. Plusieurs projets, y compris des initiatives internationales, ont déjà essayé de planter des mangroves sur ce site. Mais il manque les conditions nécessaires pour que les plants de mangroves survivent.

L’équipe technique m’a expliqué pourquoi. Les espèces de mangroves suivent un ordre de zonation naturel : certaines poussent en front de mer, d’autres plus à l’intérieur. Les projets antérieurs ont inversé cet ordre, plaçant devant les espèces qui auraient dû être derrière, et inversement. Sans étude préalable des conditions du sol et de la dynamique des sédiments, les plants n’ont pas survécu.

Comme me l’a résumé un membre de l’équipe : « Ils n’ont pas fait l’étude de cas. » La différence avec l’approche actuelle est méthodologique : l’équipe prend le temps de comprendre le site avant d’intervenir.

L’équipe applique un cadre opérationnel en six étapes avant toute plantation : comprendre le contexte, cartographier le site, analyser les conditions, choisir la méthode, intervenir, puis suivre les résultats.

Trois activités, un même site

Le plan d’intervention à Nioumachioi  repose sur trois activités complémentaires, parce que les écosystèmes côtiers s’interconnectent.

Des canalisations pour les mangroves. Les mangroves ont besoin d’eau saumâtre pour survivre : un mélange d’eau douce et d’eau salée. Avec la sécheresse des rivières et l’ensablement, cet équilibre est rompu. L’équipe prévoit de creuser des canaux pour rétablir la circulation de l’eau à travers le site, en s’inspirant d’une technique déjà utilisée en Tanzanie.

La restauration des forêts côtières. Sur le littoral, là où la mer a détruit des bâtiments, l’équipe plantera des hibiscus et des ipomées. Ces plantes fixent le sol et réduisent l’érosion côtière.

La conservation des herbiers marins. En amont, le reboisement des bassins versants réduira les apports de terre et de sable qui étouffent les herbiers marins. La restauration directe des herbiers n’a jamais été tentée aux Comores ; l’expertise devra venir de Tanzanie. En attendant, l’approche consiste à recréer les conditions pour que les herbiers se régénèrent naturellement.

Une crise de l’eau qui change tout

La crise de l’eau à Mohéli fait partie du tableau. Avant les années 2000, on comptait environ 45 rivières permanentes sur les îles de Mohéli et d’Anjouan. Aujourd’hui, il en reste une quinzaine.

La déforestation pour le charbon et l’habitat, combinée au changement climatique, a asséché les cours d’eau. Cette sécheresse affecte directement les mangroves, qui dépendent de l’apport d’eau douce des rivières pour maintenir leur équilibre saumâtre.

Restaurer les mangroves sans restaurer les rivières qui les alimentent, ça ne fonctionne pas. C’est pourquoi le reboisement des bassins versants fait partie intégrante du plan.

L’équipe derrière le site

Un des membres de l’équipe m’a confié : « Depuis mon jeune âge, je me suis trouvé à Mohéli, une île 100 pour cent naturelle. Je me suis dit qu’il me faut que je contribue à le rendre toujours naturel comme ça. »

Un autre, ingénieur civil de formation, fait aussi de la sensibilisation environnementale dans les communautés. L’équipe l’a intégré parce que les habitants l’écoutent.

Prochaines étapes

L’équipe finalise le cadre opérationnel du site de démonstration. Les activités de terrain commenceront en 2026 : cartographie avant et après les interventions, creusement des canaux, sensibilisation des pêcheurs et des agriculteurs riverains, et premiers travaux de restauration côtière.

L’équipe conçoit Nioumachioi  comme un modèle pour d’autres sites aux Comores. Les données, les cartes, les leçons tirées des échecs passés seront documentées pour que d’autres puissent reproduire l’approche.

Les mangroves de Mohéli ne seront pas restaurées en un jour. Mais avant de planter, il faut comprendre pourquoi les tentatives précédentes n’ont pas fonctionné. C’est exactement ce que fait cette équipe.

Le projet ReSea est mis en œuvre par Mission inclusion en collaboration avec l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), en partenariat avec le gouvernement du Canada.

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