Par Sagine Jeudy
Le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, nous rappelle que les droits des femmes sont des droits humains. Pourtant, pour de nombreuses femmes, ces droits restent freinés par des barrières bien réelles : la pauvreté, la discrimination, l’isolement, la violence… et, pour certaines, la stigmatisation liée au handicap. En Bolivie, grâce au Fonds ACTION de Mission inclusion, une femme transforme ces obstacles en preuves que le changement est possible.
À Arani, en Bolivie, Rudina Flores Arispe connaît ces obstacles de près. Née avec une déficience physique, elle se déplace en fauteuil roulant. Elle est aussi mère monoparentale d’une petite fille. Et pendant longtemps, on lui a répété, parfois même dans sa propre famille, qu’elle n’y arriverait pas.
« Tu ne vas pas pouvoir. »
« Toi, une femme… comment tu penses y arriver ? »
Aujourd’hui, Rudina répond à ces doutes avec quelque chose de concret : une autonomie construite jour après jour, grâce à son travail.
Quand l’autonomie commence par un droit fondamental : vivre dignement
Chaque matin vers 7 h 30, Rudina quitte sa maison avec sa fille. Il lui faut environ 30 minutes en fauteuil roulant pour rejoindre son kiosque, installé à l’entrée du centre de santé d’Arani. Elle y travaille jusqu’à environ 15 h.
Le kiosque existait depuis des années, mis en place grâce à un financement public destiné aux personnes en situation de handicap. Mais l’initiative n’avait pas tenu dans le temps : gestion difficile, capital initial fragile, manque d’accompagnement. Rudina, elle, a choisi de reprendre l’idée autrement, avec de l’appui, de l’organisation et la volonté de prouver que c’est possible.
Avec le soutien de Tukuy Pacha et du Fonds ACTION de Mission inclusion, elle a reçu un capital pour relancer l’activité. Avec d’autres participantes et participants, elle a remis le kiosque sur pied : nettoyage, rangement, sol stabilisé, toit ajusté pour éviter les infiltrations en saison des pluies.
L’autonomie économique comme levier de dignité
Au départ, plusieurs doutaient : est-ce que le kiosque pourrait vraiment fonctionner ? Est-ce qu’il générerait assez ? Aujourd’hui, Rudina parle d’un revenu moyen d’environ 100 bolivianos par jour, et d’une meilleure journée à 271 bolivianos. Elle partage ce chiffre comme une preuve : quand la gestion est organisée, l’activité peut être durable.
Mais au-delà de l’argent, l’autonomie change tout. Avant, Rudina sortait peu. Elle participait surtout aux réunions de l’organisation municipale des personnes en situation de handicap. Son principal revenu provenait d’un soutien public, et une partie de ses dépenses était couverte par sa mère.
Aujourd’hui, elle assume les besoins de sa fille et ses propres dépenses grâce à son travail.
Elle tient aussi un cahier comptable, note chaque vente, et sépare ses dépenses personnelles de celles du kiosque. Une discipline simple, mais puissante : reprendre le contrôle de ses choix.
Reprendre sa place dans la communauté
Rudina raconte aussi une autre transformation : celle du regard sur elle… et de son regard sur elle-même. Avant, elle craignait d’interagir avec des personnes hors de sa famille. Elle se sentait discriminée, en tant que femme et en tant que personne en situation de handicap. On lui disait : « Tu n’y arriveras pas. »
Aujourd’hui, elle se dit plus sûre d’elle, plus à l’aise dans les espaces sociaux. Le contact quotidien avec la clientèle et le voisinage lui a permis d’apprendre, de se sentir soutenue, d’élargir ses connaissances sur la santé, la maternité et la vie quotidienne.
ors de l’entretien, on raconte en souriant que c’est maintenant Rudina qui encourage la promotrice quand celle-ci hésite à parler.
Celles qu’on voulait réduire au silence peuvent devenir des voix qui portent.
Transformer les conditions, pas seulement les trajectoires individuelles
L’histoire de Rudina ne se limite pas à un parcours inspirant. Elle s’inscrit dans un travail structurel porté par Tukuy Pacha dans les municipalités d’Arani, Punata et Cliza, qui vise à :
• améliorer l’accessibilité et la qualité des services de santé pour les personnes en situation de handicap, en particulier les femmes et les filles ;
• former le personnel municipal et renforcer les outils de suivi ;
• accompagner les personnes et leurs familles dans la connaissance de leurs droits et des services disponibles ;
• soutenir la participation des organisations de personnes en situation de handicap dans les espaces de gouvernance locale.
En renforçant leurs capacités et leur autonomie financière, ces femmes exercent un leadership transformateur qui influence les décisions locales et contribue à une gouvernance équitable.
En ce 8 mars : choisir un monde où personne n’est laissé pour compte
À Mission inclusion, le Fonds ACTION part d’un principe simple : les personnes qui vivent l’exclusion sont aussi celles qui sont le mieux placées pour guider le changement. Pour cela, elles ne doivent pas porter seules le poids des luttes. Le Fonds ACTION les soutient « par et pour » les communautés.
Rudina incarne cette conviction : une femme qui avance, qui apprend et qui se relève, élargissant le chemin pour d’autres.
Le 8 mars, pensons à elle. Et surtout : agissons pour que son histoire ne soit pas l’exception, mais la norme.