Par Anne-Claude Belibi
Au Bénin, des femmes renforcent leur leadership et transforment leur communauté grâce au Fonds ACTION de Mission inclusion.
Chaque 8 mars, la Journée internationale des droits des femmes rappelle le travail qu’il reste à accomplir. Le climat mondial actuel tend à freiner cet élan : selon la Banque mondiale, « les femmes et les filles ne disposent que de 64 pour cent des droits légaux dont jouissent les hommes » (Women, Business and the Law 2024).
Donner pour recevoir : le thème du 8 mars 2026
Cette année, le thème retenu par le gouvernement du Canada est « Donner pour recevoir ». L’idée est simple : quand les femmes et les filles gagnent en autonomie, c’est toute la communauté qui en bénéficie. Des projets concrets se multiplient déjà pour faire entendre leur voix, renforcer leurs capacités et leur permettre de reprendre le pouvoir sur leur vie. Mission inclusion, à travers le Fonds ACTION, soutient plusieurs initiatives de ce genre, au Bénin et en Bolivie.
Le projet YEBA OPPECI : transformer la gouvernance au Bénin
Le projet YEBA OPPECI de WIN (Women Impact Network) accompagne 200 femmes de Savè, Ouèdo, Savi, Banikoara, Mono et Gbétagbo au Bénin pour renforcer leur voix et leur leadership, afin qu’elles intègrent les instances de gouvernance locales.
Cette démarche passe par l’émancipation économique : formations en agroécologie, agrobusiness, fabrication de serviettes hygiéniques réutilisables, tenue de blogue, économie sociale et solidaire, artisanat. Les participantes reçoivent aussi un accompagnement pour créer des revenus décents et accéder à des marchés nationaux et régionaux.
En renforçant leurs capacités et leur autonomie financière, ces femmes exercent un leadership transformateur qui influence les décisions locales et contribue à une gouvernance équitable.
Portraits d’impact : trois femmes, trois parcours d’autonomisation
Dako Appoline : de l’isolement au leadership à Ouidah
Dako Appoline vit dans un village éloigné de la commune de Ouidah. Très jeune, elle a vécu une grossesse précoce qui a bouleversé son parcours. Sans revenu et fragilisée socialement, elle avait perdu confiance en elle et se sentait mise à l’écart.
Grâce au projet YEBA OPPECI, elle a relancé son activité : elle transforme le manioc en plusieurs dérivés qu’elle vend, et participe à des foires itinérantes. Ces espaces lui ont permis de mieux écouler ses produits, de découvrir de grandes villes et d’élargir sa vision de l’avenir.
Aujourd’hui, Dako Appoline contribue aux charges de son foyer et bénéficie d’un regard différent de la part de son entourage. Dans son village, elle est devenue une femme ressource : elle informe, mobilise et encourage d’autres femmes à saisir les occasions. Elle emploie aussi d’autres jeunes femmes, leur permettant de gagner des revenus.
Avec un accompagnement adapté, l’autonomie économique devient un levier de dignité, de reconnaissance et de leadership féminin.
Touré Fatma : réunir sa famille grâce à la transformation des fruits
Dans les zones frontalières au nord du Bénin, les femmes migrantes font face à une grande précarité économique, dans un contexte de tensions liées à la cohésion sociale et à la sécurité.
Avant le projet YEBA OPPECI, Touré Fatma avait des revenus instables. Ses enfants étaient dispersés dans différents camps et contraints de travailler pour survivre. Grâce aux formations en transformation des fruits, notamment la production de confiture de mangue, elle génère aujourd’hui des revenus réguliers et coordonne un groupe de femmes migrantes engagées dans cette activité.
Ce changement lui a permis de réunir ses enfants. Aujourd’hui, ils vivent avec elle et sont scolarisés. Au-delà du revenu, elle a retrouvé sa dignité et sa place dans la communauté. Les formations se poursuivent en confiance en soi et en leadership auprès de femmes comme Fatma.
Aïssatou Diko : du lait au wagashi, une activité maîtrisée
Aïssatou Diko vit dans un camp peulh à Savè. Éleveuse, elle produisait du lait issu du troupeau familial. Sans moyens de conservation, elle devait vendre son lait rapidement et à bas prix. Ce qui ne s’écoulait pas se perdait. Elle savait déjà produire le fromage local, le wagashi, mais ne pensait pas pouvoir en faire une activité durable.
Grâce à l’accompagnement de YEBA OPPECI, soutenu par Mission inclusion, elle a appris à améliorer ses techniques de transformation, la qualité et la présentation de son produit. Au lieu de subir les pertes, elle crée maintenant de la valeur à partir de ce qu’elle produisait déjà. Aujourd’hui, Aïssatou transforme, conserve et fixe un prix équitable. Grâce aux réseaux sociaux et aux foires locales, elle reçoit des commandes régulières et vend son wagashi à un prix juste.
Dans les camps peulh de Savè, la transformation locale et l’accès aux marchés se révèlent des leviers concrets d’autonomie économique, ancrés dans une dynamique d’économie sociale et solidaire.
Au-delà du 8 mars : un engagement sur le long terme
La Journée internationale des droits des femmes n’est pas seulement un symbole : elle rappelle l’urgence de transformer les engagements en actions concrètes. Les initiatives au Bénin montrent que des progrès sont possibles lorsque les femmes sont au cœur des décisions qui façonnent leurs communautés. Cela nécessite l’engagement de toutes et tous : institutions publiques, partenaires privés, en zones urbaines comme en zones rurales.
Dans les communautés peulh, par exemple, les dynamiques sociales et culturelles placent souvent les hommes au cœur des décisions économiques et familiales. Sans leur adhésion, l’autonomisation des femmes reste fragile. Consciente de cette réalité, WIN intègre dans le projet YEBA OPPECI une approche de masculinité positive, à travers l’initiative WIN HeForShe. L’objectif : encourager les hommes à devenir des alliés du développement des femmes.
Des séances de sensibilisation et de dialogue communautaire sont organisées pour :
- valoriser le rôle des hommes comme partenaires du progrès familial ;
- promouvoir le partage des responsabilités économiques et réduire les résistances liées à l’autonomisation féminine.
Lorsque les hommes comprennent que l’activité économique des femmes renforce la stabilité du ménage, améliore la scolarisation des enfants et augmente les revenus du foyer, ils deviennent des soutiens actifs. Dans plusieurs villages, des hommes se sont engagés publiquement à encourager la participation des femmes aux formations et aux foires. Cet engagement contribue à renforcer la cohésion sociale et à prévenir les tensions.
L’autonomisation des femmes passe aussi par l’engagement des hommes. Le respect des droits des femmes est l’affaire de la société tout entière. C’est en amplifiant la voix des femmes aujourd’hui que l’on construit des sociétés justes, équitables et prospères pour toutes et tous.